Le « droit » à l’enfant contre le droit de l’enfant
Par Association UMP Sciences Po, mercredi 8 février 2006 à 14:58 :: Réflexions, opinions, débats :: #127 :: rss
La question de l'adoption homosexuel est de plus en plus posée. Un article qui s'oppose à l'adoption de la part de couple homosexuel.
Les rappels qui introduisent cet article, peuvent paraître triviaux, mais il est indispensable de les garder à l’esprit pour traiter certaines questions sociétales.
Le désir d'enfant de tout homme et de toute femme est naturel, légitime et respectable, et la société doit pouvoir aider chaque personne à avoir autant d'enfants qu'elle le souhaite. Cependant, ce désir ne justifie pas la revendication d'un « droit à l'enfant » comme on peut légitimement invoquer un droit au travail, aux soins ou aux études. En effet, prétendre à un droit à l’enfant reviendrait inévitablement à réifier l'enfant, c’est-à-dire le chosifier, le réduire à l’état d’objet. Or, tout homme, quels que soient son âge, ses facultés physiques, intellectuelles, qu’il soit blond, brun, châtain, ou roux, grand ou petit, svelte ou obèse, jouit de la dignité propre à son statut de personne humaine, qui implique qu'il doit toujours être traité comme une fin en soi, comme un être dont on a le devoir d’assurer la protection et les meilleures conditions d’épanouissement possibles et jamais comme une chose ou un moyen.
Ainsi, le désir d'enfant ne peut justifier qu'une personne puisse revendiquer un enfant à tout prix pour satisfaire son propre désir en dehors des droits de l'enfant. Conformément à la Convention de New York du 20 novembre 1989 sur les droits de l'enfant, ce dernier doit disposer notamment d'un droit fondamental à la vie, d’un droit d'être élevé par ses deux parents et de connaître ses parents.
L'enfant a besoin de son père et de sa mère pour intégrer sa propre identité sexuelle. En effet, d'après les psychanalystes un enfant ne devient capable d'altérité que lorsqu’il a intériorisé et fait sienne la différence des sexes. Il convient donc, dans la perspective d’un Etat de droit, de protéger ceux de l’enfant. Il est fondamental de reconnaître les rôles respectifs de la mère et du père dans l'éducation des enfants afin que l'enfant construise sa propre identité et sa propre personnalité. Certes, nul n'est à l'abri d'un accident, d'un décès, d'un abandon. Mais même décédé, le père ou la mère a existé, il (ou elle) est connu et les propos rapportés à son sujet permettent à l'enfant de se construire en référence à son père et à sa mère ; le parent décédé peut jouer un rôle symbolique dans l'éducation de son enfant. La figure du père ou de la mère demeure. Cela nécessitera bien sûr de combler autrement cette absence. Néanmoins, ces accidents doivent être considérés comme tels c’est-à-dire comme de moins bonnes conditions d’épanouissement- et ne peuvent être érigés en norme. Qui oserait prétendre qu’il est mieux de voir son père ou sa mère décéder ? Il est clair que la société doit aider au maximum un parent seul, mais cela ne signifie en aucun cas que cette situation familiale est aussi bien qu’un père et une mère ; et donc, cela signifie concrètement qu’on ne peut promouvoir tous les modèles familiaux de la même manière.
La société, par le biais du législateur, doit donc tout mettre en œuvre pour permettre à l'enfant non seulement de connaître ses deux parents mais aussi d'être élevé par son père et sa mère. Il peut donc apparaître que les couples homosexuels ne puissent prétendre à la parentalité toutà fait au même titre que les couples hétérosexuels en ce sens qu’ils ne constituent pas un aussi bon cadre d’épanouissement pour l’enfant que le sont les couples hétérosexuels, au sens des propos tenus ci-avant. Certes, dira-t-on, il existe des couples hétérosexuels instables, violents, et parfaitement incapables d’éduquer leur enfant, mais heureusement, les pouvoirs publics ont la capacité d’enlever les enfants de ces familles.
Il faut d’abord raisonner en terme de meilleur possible, affirmer la primauté de ce modèle, puis proposer un modèle et le promouvoir, et ensuite l’aménager aux situations qui ne peuvent s’y conformer. Le rôle de la loi n’est pas de légaliser le social. La loi doit proposer le meilleur, ce qui signifie que, appuyée sur des valeurs humanistes, elle doit tenter promouvoir les meilleurs modèles sociétaux. Et en l’occurrence, le meilleur modèle c’est la famille dite classique : un père et une mère non divorcé, c’est le cas actuellement de 63% des familles : il est nécessaire d’affirmer la perfection de ce modèle, de le soutenir et on ne peut que se réjouir de l’application du congé de paternité par exemple initié par la précédente majorité. Ensuite, on observe que suite aux difficultés de la vie, ce modèle n’est pas vécu par tous, il convient donc d’aider au mieux les personnes qui sont dans ces situations ; ce qui ne signifie pas que leurs situations sont aussi bien que la situation « classique ». Il existe par exemple des couples de femmes qui élèvent déjà l’enfant de l’une ou de l’autre, comme il existe des parents qui se retrouvent à élever leur enfant seul. Il convient, de fait, d’assurer à ces enfants les meilleures garanties, et en cas de décès de la mère biologique, de confier au juge le soin et l’intelligence de confier l’enfant à la tutrice ou au tuteur le plus approprié, comme dans le cas des divorces. Il convient donc pour conclure de rappeler l’essentiel : la fin de toute société est d’aider chacun de ses membres à s’épanouir. Il est donc nécessaire de protéger le plus faible d’entre tous, de protéger l’enfant, ce qui signifie : ne pas le réifier à un désir dont l’assouvissement serait un « droit »…
Clément