De la nécessité de la sérénité en politique
Par Association UMP Sciences Po, mardi 10 janvier 2006 à 12:17 :: Réflexions, opinions, débats :: #117 :: rss
L'année 2006 s'annonce politiquement agitée avec la perspective lointaine, mais finalement proche, des élections présidentielles... Il ne faudrait pas oublier l'essence de la politique: l'action, au delà de toute agitation. UN EDITO DE Grégoire de LONGEAUX
Et voici qu’une nouvelle année commence avec son lot traditionnel de vœux pour ponctuer le mois de janvier. Ce genre d’obligation protocolaire tombe à point nommer pour les personnalités de premier plan –et avant tout politiques– qui trouvent ainsi l’occasion de faire connaître les grandes orientations qu’elles se donnent à suivre. Et pourtant ce n’est pas tant ce que les personnalités ont à dire qui intéressent les gens mais bien plutôt ce que eux, les gens, se donnent comme projets à faire aboutir. Les hommes politiques ne doivent pas l’oublier. Leur travail consiste à améliorer toujours plus le quotidien de leurs compatriotes en suivant un projet d’avenir fondé sur des valeurs universalisables.
Le ministre est un serviteur de la nation, tout autant que ses collaborateurs de l’ombre et ses inférieurs hiérarchiques. Sa tâche est noble. Si l’ambition est ce qui lui permet de se lever le matin, alors tant mieux. Mais s’il croit que la France attend l’homme providentiel alors il croit que celle-ci n’est pas majeure et il lui fait insulte. Et pourtant, en pratique, comment ne pas reconnaître que l’un ne va pas sans l’autre ? Le régime présidentiel à l’américaine ne traduit-il pas cet état de fait ? Quoi de plus régulier dans l’histoire de notre pays que la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul ? Quoi de plus efficace d’ailleurs qu’un gouvernement resserré ?
A l’heure du dixième anniversaire de la mort de François Mitterrand, on peut constater plus que jamais que l’héroïsation automatique et bien française des détenteurs du pouvoir ne va pas en décroissant. Au contraire, c’est une tendance bien naturelle du peuple que de s’identifier dans ses représentants. Voilà pourquoi les régimes parlementaires peuvent apparaître plus adultes dans le cadre d’une démocratie stabilisée car ils rompent avec le culte du chef. Il reste que le poids de la tradition peut expliquer valablement un autre choix, pour autant bien sûr qu’il s’inscrive lui aussi dans le cadre de la démocratie. Mais la France de la Vème République reste parlementaire puisque son gouvernement arbore la couleur majoritaire de l’Assemblée Nationale.
Quoi qu’il en soit, nos gouvernants doivent absolument sortir de leurs querelles intestines, faute de quoi leurs discours unificateurs ne seront pas crédibles une minute. Il faut également qu’ils cessent de surfer le nez dans le guidon sur l’actualité. La nécessité électoraliste d’occuper le terrain explique la multiplication d’annonces en urgence après les faits mais cela ne contribue pas à régler les problèmes en profondeur. On se souvient de la prétendue agression d’une jeune femme dans le RER fin juillet 2004 qui s’était en fait révélée être une pure fable alors que le président de la République avait condamné publiquement l’événement. L’affaire actuelle du saccage du train Nice-Lyon en est un autre exemple. S’il était nécessaire que le ministre de l’Intérieur déploie des moyens pour prévenir une récidive, toute la classe politique devait-elle dès lors faire un procès en règle au gouvernement ? N’est-il finalement pas bien facile de se placer du côté des contempteurs médiatiques que de celui des responsables aux affaires ? Et s’il est vrai que gouverner c’est prévoir, selon le mot fameux de Bismarck repris par de Gaulle, qui aurait cru qu’il était possible qu’un tel acte de violence puisse avoir lieu au lendemain –ironie du sort– de l’annonce de la fin de l’état d’urgence ?
La volonté nécessairement fébrile d’accéder au pouvoir s’accorde en fait mal avec la hauteur de vue exigée par l’activité politique. C’est aussi pour cette raison que la démocratie est le moins pire des régimes. Il est difficile d’endiguer la dictature de l’actualité. C’est pourquoi le pragmatisme seul ne peut tenir lieu de programme politique.
Mais l’actualité, justement, reprend déjà ses droits ; ainsi la crise des banlieues invite-t-elle les hommes politiques à se pencher sur les problèmes d’intégration et d’union nationale. Et lorsqu’Alain Finkielkraut s’aventure à parler des problèmes ethniques comme facteur explicatif de la crise, nombreux sont ceux qui le pointent du doigt tout en reprenant pourtant à leur compte le concept popularisé par Nicolas Sarkozy de discrimination positive, bel et bien censée apporter une solution aux problèmes d’intégration. Le fait de nommer un problème signifierait-il alors qu’on épouse sa cause ? Evidemment non, et c’est pourquoi la manière de raisonner aujourd’hui dans l’air du temps doit faire preuve de plus de rigueur et d’objectivité. C’est dans un tel contexte que la politique trouvera, si l’on peut dire, un honnête terrain d’élection.
Grégoire de LONGEAUX