La culture de responsabilité
Par Association UMP Sciences Po, lundi 5 décembre 2005 à 10:15 :: Réflexions, opinions, débats :: #103 :: rss
La liberté est une valeur défendue par la droite... avec comme contrepartie, la responsabilité.
La mise en exergue de la notion de responsabilité par Dominique de Villepin dans sa conférence de presse du 1er décembre montre que le Premier ministre affirme désormais haut et fort, à la faveur de la crise des banlieues, une idée politiquement incorrecte : c’est par le sacre de l’individu qu’est régulée l’activité des hommes. Il ne s’agit pas ici d’individualisme mais bien plutôt de donner le beau rôle à chaque citoyen respecté dans son originalité pour qu’au final la vie en société soit viable. En effet, si chaque femme, si chaque homme devient conscient de la valeur des choses, il se révèle alors incapable de brûler une école ou d’enflammer un bus, hors contexte totalitaire. Or, c’est en responsabilisant les personnes que l’on peut parvenir à un tel résultat. La responsabilité des parents vis-à-vis de leurs enfants revêt ainsi un caractère indéfectible dès la naissance de ceux-là ; subir son enfant sans l’éduquer, c’est être irresponsable.
C’est en s’inspirant de ce principe que Nicolas Sarkozy voudrait remettre à plat le fonctionnement des ZEP pour y substituer un système davantage axé sur la réussite des personnes plutôt que sur celle –artificielle– des territoires. Il est intéressant de constater que, dans ce cas, la discrimination positive est bien plus universaliste –puisqu’ouverte à tous ceux remplissant les critères– que communautariste.
Pourtant, certaines belles âmes ne sont pas de cet avis. L’opposition socialiste qui –détail amusant– n’exerce pas les responsabilités du gouvernement, a décidé une fois pour toutes que la pérennisation stérilisante des classes sociales était le modèle sacré à respecter et que, s’il y avait des problèmes dans les banlieues, le chômage ajouté aux « dérapages » du ministre de l’Intérieur étaient des raisons bien suffisantes pour expliquer un tel embrasement. On comprend dès lors facilement que les propos d’un philosophe comme Alain Finkielkraut soient, dans ces conditions de suspicion, marqués du sceau infâmant de la vilenie. Que dit Finkielkraut ? Que la misère n’est pas une raison suffisante pour attiser des révoltes dans une société démocratique. Sinon ce serait tous les jours et partout que les voitures flamberaient. Qu’il existe des personnes mal intégrées en France qui –à cause de cela– n’aiment pas la France et s’en prennent à ses symboles les plus représentatifs. Qu’il ne suffit malheureusement pas d’être immigré pour être immédiatement béatifié.
Evidemment, dans une France de plus en plus droit-de-l’hommisante, un tel point de vue donne lieu à toutes sortes d’extrapolations tendancieuses. On fait par ailleurs grief au philosophe de faire preuve de simplisme dans sa représentation du colonialisme. Celui-ci ne serait bien sûr réductible qu’à un affreux crime contre l’humanité et serait toujours et en tous lieux éhonté. Avec cette caricature permanente de la perception des problèmes de la société, aucune place n’est laissée à une analyse fine et nuancée des événements, à une analyse comme celle de Finkielkraut prenant appui sur la longue durée pour expliquer les dérèglements actuels de la société. Or, être responsable, c’est aussi savoir intégrer le jugement d’autrui.
En outre, il aura fallu l’actualité désolante du procès d’Outreau pour que chacun comprenne enfin quelle pertinence pouvait avoir la proposition de Nicolas Sarkozy de responsabiliser les magistrats. Pourtant, la culture de responsabilité consiste justement à prévenir plutôt que guérir, c’est même tout l’enjeu du politique. Il est dommage de constater que, paradoxalement, les affaires de l’Etat sont souvent traitées à la dernière minute. Si Jean-Pierre Raffarin n’avait pas été Premier ministre, la Sécurité Sociale et les retraites auraient-elles seulement connu l’aube de la réforme ?
Pour mettre en place cette culture de responsabilité, il reste encore du chemin à parcourir. Si l’individu n’est pas au plus vite tiré de sa léthargie, si cette prise de conscience n’est pas faite sienne par chacun de nos compatriotes, alors l’Etat sera encore désigné responsable lors de la prochaine canicule ou de la tombée de la neige. Et les grèves fleuriront comme autant de champignons vénéneux de nulle part. Comme si elles étaient naturelles.
Grégoire