Munich de la République, Canossa de la France?
Par Association UMP Sciences Po, lundi 5 décembre 2005 à 09:39 :: Réflexions, opinions, débats :: #102 :: rss
Un édito particulièrement lyrique contre la francophobie française ambiante...
« Les régimes passent, la France reste », eût écrit Talleyrand, communiant, tout apostat qu’il fût, dans l’esprit du Siècle ; cette assertion paraît datée, il n’est que de voir les récents événements pour s’en convaincre : la République demeure, la France semble s’affadir. En effet, quand MM. Le président de la République, le Premier Ministre et le ministre de l’Intérieur arguent de raisons dérisoires pour ne pas commémorer le bicentenaire d’Austerlitz ; quand on lit, entend tant de média donner un grand écho à de récentes manifestations traitant Bonaparte, au mépris même de toute raison, de "génocidaire" ; quand l’on peut voir un représentant de la nation déclarer la France coupable d’un "crime contre l’humanité" car ayant connu, jusqu' en 1794, la traite négrière, que dire ? Quand l’on entend les coryphées de l’opposition exhorter l’ensemble de leurs concitoyens à écouter quelques émeutiers, ou plutôt, à leur prodiguer ce dont on leur prête le désir ; quand on entend ces mêmes personnages, prétendre à l’honneur d’être ami de la liberté, de l’égalité, de la démocratie, lors même qu’ils voudraient que la force de quelques uns brisât la volonté populaire, exprimée dans les urnes, que dire ? Que dire, également, quand on lit les propos de M. Hollande, voyant dans ces émeutes "les ratés de notre modèle républicain", et réclamant son maintien, dénonçant la majorité comme ayant "allumé les mèches" de ces rebellions picrocholines, en un mot, utiliser les difficultés de la patrie, fussent-elles minimes, pour servir une certaine démagogie ? Que dire, sinon reprendre Grétry : O France, ô liberté ! sommes-nous donc si peu, sur terre, à vous voir briser les fers ?
Pourquoi, de nos jours, tant de haine à l’égard de la France, tant de compassion à l’égard des émeutiers et prédicateurs de métro ? pourquoi est-elle répréhensible ? comment y répondre ? Cet article n’est qu’une modeste tentative de réponse à ces questions.
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D’aucuns verront dans les récents événements de simples mouvements de jeunes sybarites, cherchant de manière bien puérile, à se croire en opposition avec la société, et versant dans l’hybris, la déraison, comme leurs aînés le firent : ce fut le cas de Villon à Cohn-Bendit, en passant par Courbet. Je crois le phénomène plus grave : le poète parisien, tout hors-la-loi qu’il pût être, ne refuyait pas à écrire, « Il n’est pas digne de Vertu, « Celui qui mal voudroit au royaume de France. » En vérité, nous sommes là face à un nouveau phénomène, conséquence de la post-modernité : se détachant des idéaux de la modernité, des Lumières, sombrant selon le procès de la personnalisation décrit par M. Lipovetsky, l’homme ne cherche plus que plaisirs et jouissance sans cesse renouvelés ; il abhorre donc la Pensée, dissout la Culture, universelle, dans les cultures, qui ne sont plus que traditions ; en un mot, et selon la lapidaire formule de M. Finkielkraut, considère une paire de botte comme valant Shakespeare. Or, la France n’est-elle pas le symbole même de la modernité ? la France, terre de Descartes, quatrevingt-neuf ceignant son précieux chef, n’est-elle pas la patrie des droits de l’Homme, la France éternelle ? C’est pourquoi elle sut gagner l’estime, le respect, l’amour de tant de grands esprits, de valeureux cœurs et de peuples libres ; c’est pourquoi le 10 août, Germinal, les journées de juin et les deux Commune ne pourront jamais salir les 4 et 26 août, 1830 et 1945. Ces idées des Lumières, incarnées par la France, sont tout ce que les ennemis de la liberté du genre humain, les champions d’un inconscient subjectif, qu’il s’agisse de races ou classes, de communautés biologiques ou culturelles ; voilà pourquoi les nouveaux herdériens, socialistes ou Savonarole haïssent la France, et la craignent, car la perfectibilité, l’admiratio de l’homme sont les plus puissantes armes qui soient, et la liberté triomphera.
La France ne se peut concevoir sans la liberté, la liberté n’a pu devenir effective sans la France : d’aucuns se récrieront, invoquant les anciens, ils oublient que la liberté antique était inégalité, et connaissait l’esclavage ; d’autres arguent de l’esclavage, ils ne voient pas que ce fut là vice commun à toute les sociétés, que la France fut la première à l’abolir, que l’on devrait l’en louer ; d’autres encore citent la colonisation, mais quel pays, ayant la possibilité de s’agrandir, ne le fit pas, hormis la France d’Aix-la-Chapelle, ou de la guerre d’Amérique ? sûrement pas ces monarques, ô combien éclairés, qu’étaient la grande Catherine, Marie-Thérèse, et Frédéric II. Il convient ici de renverser la perspective selon laquelle on considère la France, lui trouvant des défaillances ; observons les autres pays à la même époque, et nous verrons la patrie des droits de l’homme comme peu sujette aux vices du temps, Etat libéral et généreux. La France a des valeurs ; ces valeurs sont la liberté, l’égalité, l’Etat de droit et les droits de l’homme ; ces valeurs ont fait la force, l’attrait, la grandeur de la France.
Ceci est une chose, mais il y a plus : le régime actuel de la France, incarné par la République, régime libéral et démocratique, a édifié tout un système, application même de ses principes ; ce modèle français n’est plus, de nos jours, appliqué de partout, moderne, a été contesté, depuis les années soixante, par les premiers post-modernes ; ces derniers, et leurs épigones des années soixante-dix, plongés dans l’univers de la morale non contraignante des temps post-modernes, décrite par Lipovetsky, refusant les contraintes, l’éducation, l’ont en grande partie vidé de sa substance, cherchant à adapter les exigences de l’école républicaine aux basses passions de la société, et non le contraire. Loin de nous l’envie de se complaire dans une nostalgie chateaubrianesque ; il est simplement nécessaire de reconnaître que l’école, avant même de former les individus à exercer un métier, doit en faire des citoyens. Est-il très étonnant de voir surgir de telles émeutes, un tel mépris de la patrie, quand les cours de morale ne sont plus, et que le quatorze juillet se résume, pour certains, au bal des sapeurs-pompiers, ou le défilé sur les Champs à un beau spectacle ? quand des professeurs s’insurgent lorsque MM. Chevènement et Fillon tentent d’introduire l’apprentissage de l’hymne national à l’école ? Il est, au rebours, étonnant de voir ceux qui ont grandement contribué à la dégénérescence du modèle français, par l’introduction d’idées et la pratique d’une politique pernicieuses, dénoncer un échec de ce modèle : ce sont les champions du communautarisme et des discriminations qui dénoncent la mise à l’écart de communautés que l’on a voulu à toute force différencier ; ce sont les champions d’une adaptation de l’école au milieu des élèves, à leurs particularités culturelles qui ont aggravé les inégalités culturelles, entre les milieux aisés et déshérités, car la culture que donne l’école de la République est le seul moyen de les réduire, de permettre aux petites gens de réussir, dans un monde qui n’est pas peuplé que de philanthropes. Blandine Kriegel le résume à merveille dans un récent article, ce sont les mêmes qui, après avoir recommandé l’abandon de l’intégration au profit des communautés, mettent sa faillite au compte de la République.
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C’est pourquoi les valeurs, le modèle de la France ne constituent pas
le problème, mais bien sa solution ; la France triomphera, elle sut
remonter après Poitiers, Corbie, Waterloo, Sedan, Compiègne ; même au fond
du gouffre, il y eut un Hugo pour voir, en plus du tronçon du glaive,
le flambeau.
C’est pourquoi un amoureux de la liberté, de l’égalité, de la
démocratie, de l’Etat de droit, des droits de l’homme, ne peut qu’être affligé
de voir tant de français, car malgré tout ils sont français, par la
culture, s’ils ne le sont de cœur, rejetant la patrie, et déchirant son
sein, tels les enfants décrits par Agrippa d’Aubigné ; que dis-je ? il
doit agir.
Olivier Marc
Commentaires
Le lundi 5 décembre 2005 à 18:38, par Luc :: #
Le mardi 6 décembre 2005 à 18:26, par Olivier Marc :: #
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