Mais au Mans, bien sûr, pour une redite du Congrès de Rennes de 1990 où la bataille des courants avait conduit à l'implosion du parti ou voire au Congrès de Metz de 1979 où le combat Mitterrand/Rocard peut s’apparenter au conflit actuel Hollande/Fabius. Qu’y trouve-t-on ? Un parti à la dérive, où règnent les motions officielles et les candidats à la candidature non déclarés, bref, un parti replié sur lui-même voguant au rythme de ses batailles internes, vous êtes perdu ? Ne vous inquiétez pas la clarté n’arrivera jamais car les socialistes sont incapables de choisir entre une culture d’opposition et une culture d’action. La place de leader est vacante depuis le départ de L. Jospin en 2002 et la droite aimerait bien avoir un interlocuteur crédible pour débattre des sujets de fond comme le rôle de l’Etat, l’immigration ou l’environnement.

D’ailleurs les Français ne s’y trompent pas, ainsi 60% estime que le PS n'est pas "capable de remporter" la présidentielle de 2007, 57% qu'il n'est pas "une force de proposition sur les grands dossiers", selon un sondage CSA publié dans Le Monde daté de mardi 15 novembre. Ainsi, chapeau bas le PS, pour insuffler autant d’espoirs et d’enthousiasme à une population française à laquelle il entend bien redonner le sourire ! Depuis la division entre partisans du "oui" et du "non" au référendum du 29 mai sur le traité constitutionnel, les sondages peu encourageants, les réactions timides face à la crise des banlieues, le parti socialiste n’est plus que l’ombre de lui-même.

Mais il doit comprendre que ce n’est pas avec les vieilles recettes que l’on peut faire avancer les dossiers actuels et qu’il faut avant tout du pragmatisme, du courage, des initiatives réfléchies et pesées, qualités qu’il ne peut se targuer d’avoir. Alors que ce congrès a été le lieu de toutes les ambitions personnelles, des déchirements et des petites phrases assassines, l’UMP à travers « 48 heures pour participer au mouvement populaire » apparaît comme dynamique, ouverte, disponible et disposée à écouter tous les Français.

Pour le 1er secrétaire, François Hollande - pour combien de temps encore, nul ne le sait- "la question de la direction du parti ne se pose pas", c’est vrai qu’avec 53,6% du vote des militants, 5 motions officielles, 18 contributions générales déposées, et un sondage BVA-L'Express réalisé auprès de 950 personnes les 10 et 12 novembre qui souligne que 58 % des Français ont une vision négative de l'action du premier secrétaire, pourquoi faire un congrès alors que tout est aussi clair et qu’il est sûr de rassembler en 2007 ?

Cependant, il oublie un peu que DSK, J. Lang, Martine Aubry et tant d’autres à commencer par notre amie Ségolène -si chère à notre IEP pour n’avoir rien apporté de constructif au débat actuel lors de la dernière rencontre IEP/Sud Ouest à part peut-être son tailleur rose- sont en embuscade car au niveau des idées, ils volent un peu plus haut que le pater familias.

Les courants sont multiples, et essayent tant bien que mal de se rassembler, plutôt mal d’ailleurs car une fois le Congrès terminé, les algarades vont reprendre. Les socialistes devraient revenir à la question de leur ami Lénine de 1902 : que faire ? Pour Arnaud Montebourg et Jack Lang c’est simple : une VIème République, sans être d’accord sur l’origine du mal, et sur ce qu’il faut faire pour revenir sur un soi-disant essoufflement des institutions de la Vème République qui ont pourtant permis par leur souplesse et adaptabilité de maintenir une stabilité que beaucoup de pays nous envient. On déterre PMF pour légitimer un régime davantage parlementaire, où les représentants du peuple auraient un vrai poids. Néanmoins, quand on voit l’inflation législative stérile actuelle et le manque de vision politique à long terme de certains parlementaires, cela laisse songeur sur les suites d’un tel régime !

Dans un contexte de retour constant sur le passé de la gauche, qui se complet dans ses souvenirs de 1981, on ne peut s’étonner d’une volonté de renouveau de la IVème République. Au final, quand bien même une synthèse serait possible, personne n’y mettrait le même contenu et les mêmes priorités. D’ailleurs, les dirigeants socialistes européens ne s’y trompent pas : à la Moncloa, l'entourage du président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, ironise volontiers sur l'"archaïsme" qu'il prête au PS.

Trente mois de campagne permanente, trois élections -régionales, cantonales et européennes-, deux référendums, douze conseils nationaux du PS sur fond de divisions exacerbées et une ombre de synthèse générale ont laissé le premier parti d'opposition à bout de souffle. Tout juste si les courants ont réussi à s’entendre sur des pistes floues telles qu’une Europe plus politique et sociale, une déconstruction systématique des réformes de la droite en matière de retraites, d’assurance maladie, de code du travail, de service public, de privatisation et de fiscalité et bien sûr une République nouvelle.

Ce pseudo programme ne fait que saper les bases antérieures de l’Etat et confine un peu plus le PS dans une opposition stérile qui ne peut être que dommageable pour les Français. Les présidentiables socialistes courent uniquement après les électeurs potentiels d’Olivier Besancenot, voire de José Bové et d’ATTAC, en se livrant à une surenchère dans la critique du gouvernement pour faire oublier leur absence dans le débat sur la sécurité ou sur l'emploi. Mais les socialistes seront-ils un jour capables de réalisme, de pragmatisme et de courage face aux nouveaux enjeux de la société ?