Violences urbaines: encore une illustration de la subjectivité de la presse.
Par Association UMP Sciences Po, vendredi 25 novembre 2005 à 11:35 :: Actualité nationale :: #93 :: rss
Ces violences représentent un problème très complexe et chargé d’émotion. C’est pourquoi les médias et en particulier les journaux s’y intéressent et enquêtent. Ils rendent compte des faits de manière à peu près similaire et ont été d’accord sur la nécessité de rétablir l’ordre en préalable. Cependant, s’adressant à différents lectorats qui correspondent à différents courants d’opinions, ils adoptent différentes grilles de lecture sur les mesures prises et sur les raisons de la crise, vraiment différentes.
Je me suis intéressée à l’intervention du Premier Ministre sur TF1 le lundi 7 Novembre, celle où il a décrété l’État d’urgence (sans utiliser cette _expression alors qu’il s’agit bien de cette procédure, sans doute pour éviter les critiques de la presse). Et pourtant…
A titre d’exemple, il est intéressant de comparer l’article du directeur du Monde (éditorial du 9 novembre) avec un article du Figaro publié le même jour.
J-M Colombani souligne la « fébrilité » du Premier Ministre, donc l’idée qu’il a perdu son sang-froid et qu’il n’est pas à la hauteur de son statut d’homme d’État.
Le Monde n’approuve pas le recours à l’état d’urgence.
Selon l’auteur de l‘article, ce n’est pas la bonne solution et le recours à la loi de 1955 est symboliquement un désastre car chargé de trop de souvenirs. Le rappel de la situation connue au moment de la guerre d’Algérie dramatise la crise alors que ce n’était pas nécessaire.
A l’inverse, l’article du Figaro s’avère dithyrambique sur les qualités d’homme d’État de Dominique de Villepin: « ferme, calme », « sang-froid », « détermination sans faille », « ton gaullien »…Ils le présentent comme « le sauveur de la République qui ne fera l’économie d’aucun moyen ».
Qui croire?
Il est tout de même intéressant de noter que le lendemain, après la parution des sondages révélant l’adhésion de l’opinion publique (Le Parisien) aux mesures prises par le gouvernement, le Monde rectifie en titrant: « Les Français approuvent et la gauche se rallie »…
Encore plus aux antipodes de la déclaration ouverte de soutien au Premier Ministre du Figaro, on trouve le Canard Enchaîné.
En gros titre, en première page, le Canard enchaîné fait un jeu de mot (obligatoire): « De Villepin, chef d’État d’urgence»…facile. Ici l’accent est mis sur les effets pervers éventuels de ces mesures d’état d’urgence et va plus loin en évoquant les risques d’atteinte à la liberté de la presse.
Le Canard évoque donc le recours éventuel à la CENSURE, ce qui est une crainte que l’on peut comprendre, à la rigueur, ce journal étant en général le premier à être visé par de telles mesures (puisqu’il vise le gouvernement en premier).Cependant, il me semble que cette dramatisation n’était pas nécessaire alors que justement le Canard reproche au Premier Ministre de dramatiser la situation, ni justifiée. Mais bon...
Le journal indique au passage que Nicolas Sarkozy n’a pas été consulté (comment peuvent-ils l’affirmer?) et qu’il redoute les effets négatifs des mesures (comment le savent-ils?).
Ces affirmations sont présentées comme des certitudes.
Pour le journaliste, le gouvernement prend le risque de l’aggravation (alors que la situation ne le justifie pas vraiment) pour des raisons politiques et notamment électorales.
L’ensemble des articles va d’ailleurs distiller les divisions gouvernementales.
L’esprit est très anti-Sarkozy avec en même temps de nombreuses rumeurs évoquant les arrière-pensées politiques (anti-élites…)
De même, l’analyse des « UNE » ou des principaux titres des quotidiens nationaux, sur cette période, révèle, de manière très caractéristique l’évolution de la crise (de son début jusqu’à la décrue en fin de semaine). On peut observer à cet égard ce curieux phénomène qui fait que le journal rapporte une situation, mais qu’en même temps, il sert de loupe, et par sa charge émotive, contribue aussi à entretenir la crise. C’est-ce qui se passe en fait avec la télévision, mais avec un effet encore davantage multiplicateur. Ainsi les titres évocateurs, le même jour:
Le Figaro titre « COUVRE FEU DANS LES BANLIEUES
L’Humanité titre « VILLEPIN DECRETE L’APARTHEID SOCIAL »
Et Libération « VILLEPIN S’EN VA-T-EN GUERRE
…
Ces analyses diverses de la crise montrent que la presse est prisonnière de deux contraintes: celle de rapporter la réalité et celle de soutenir ses ventes au travers de titres parfois racoleurs.
Aux extrêmes, on retrouve les thèses sans nuances. A l’extrême droite, les immigrés sont accusés de tous les maux, ce qui fait la fureur de l’extrême gauche qui réclame plus d’argent pour intégrer les immigrés et accuse le méchant CAPITALISME d’être le véritable responsable de l’explosion des violences dans les banlieues.
Le grand article du Directeur de l’Humanité du 9 novembre fait le commentaire de l’intervention du Premier Ministre, ce qui le conduit à une remise en cause générale de la politique gouvernementale et du capitalisme, vrai raison des troubles. Il s’agit là d’une lecture marxiste. Les solutions mêlent un peu tous les problèmes et c‘est plein d‘amalgames. Tous les intervenants sont d’extrême gauche (FSU…) et le journal semble opérer une tentative de récupération de la jeunesse en cherchant à recréer un front de classe.
C'est rassurant d'être de droite parfois, je trouve...
La presse nous apparaît donc comme un miroir indispensable, permettant la liberté d’_expression et la traduction de la pluralité des opinions dans notre chère démocratie, mais c’est également un miroir amplifiant et déformant puisque lié à son lectorat.
Constatant la diversité des interprétations des mêmes évènements, comme ici dans le cas des violences urbaines,on voit les limites de l’objectivité de la presse et de ses sources.
Morale de l’histoire, apprenons à décrypter les messages de la presse, et diversifions nos sources!
Candice
Commentaires
Le vendredi 25 novembre 2005 à 18:24, par Claudius :: #
Le vendredi 25 novembre 2005 à 21:05, par Ben33 :: email :: site :: #
Le samedi 26 novembre 2005 à 09:34, par Claudius :: #
Le mardi 29 novembre 2005 à 16:48, par Luc-Antoine :: #
Le mercredi 30 novembre 2005 à 00:14, par François :: #
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