Les solutions libérales pour sortir les banlieues de leur état lamentable, par Alain Madelin
Par Association UMP Sciences Po, vendredi 18 novembre 2005 à 10:26 :: Actualité nationale :: #89 :: rss
Que faire pour résoudre la crise qui touche les banlieues?
Les violences émeutières et festives de nos cités viennent de nous rappeler durement qu’une partie de la France et de notre jeunesse fait toujours « France à part ». Et que l’exigence politique va bien au-delà des seules questions de sécurité.
Pour éteindre l’incendie le gouvernement a aussitôt déversé des « canadairs » d’argent public : aides aux associations, augmentation des dotations de la solidarité urbaine, emplois jeunes... Sans doute ne pouvait-il - et même ne savait-il - faire autrement. Pourtant, les vraies solutions sont ailleurs. Ces cités en marge et leurs «sauvageons» - comme les appelait Jean-Pierre Chevènement - ne sont pas les victimes des excès d’une politique libérale, mais le produit de décennies «d’étatisme sauvage».
Lors de la dernière élection présidentielle, au risque de décontenancer nombre de mes amis, j’avais donné la priorité aux solutions à apporter aux problèmes des cités. Il y avait à cela deux raisons, toujours d’actualité.
- La première, c’est que nous savons qu’une société de liberté, à laquelle les libéraux sont attachés, conduit forcément à des inégalités de résultats. Celles-ci ne sont acceptables que s’il existe une véritable égalité des chances, et que fonctionne l’ascenseur social.
- La seconde, c’est que les problèmes de ces cités ne sont que le miroir grossissant des échecs accumulés par l’Etat au fil des ans : l’emploi, le logement, l’urbanisme, la politique sociale, l’éducation et les difficultés rencontrées par l’Etat pour exercer ses vraies missions : la Sécurité, la Justice, la régulation de l’immigration... Les solutions à ces problèmes nationaux exigent bien entendu des solutions libérales. Mais pour ces cités délaissées il y a « état d’urgence ». C’est pourquoi elles doivent être considérées comme prioritaires dans l’expérimentation de politiques nouvelles.
Il ne sert à rien de manier les grands mots : «Intégration républicain», «droits et devoir», «modèle français», «cohésion sociale». L’Etat a bien entendu un rôle à jouer dans ses fonctions régaliennes : Sécurité, Justice, régulation de l’immigration et du respect que doit inspirer l’Etat (pour être respecté, un Etat doit être respectable, la Justice égale pour tous et l’on ne dira jamais assez la désagrégation morale qu'ont provoqué dans nos banlieues certains scandales politiques et financiers). Cependant, les maux concrets de nos cités s’appellent «école», «emploi», «logement».
ECOLE. Le premier échec de l’Etat dans ces quartiers difficiles, c’est l’échec de l’école et des zones d’éducation prioritaires. Proposer de baisser l’age d’apprentissage à 14 ans au lieu de 16 n’est pas une vraie réponse (d’autant qu’il existait déjà une possibilité de préapprentissage dés 14 ans). C’est même prendre le risque d’accroître l’image de relégation de l’apprentissage. En revanche, il est absolument nécessaire de diversifier l’offre scolaire pour les enfants en difficultés de ces cités. Ne disons pas qu’ils ne sont pas fait pour l’école, c’est l’école qui n’est pas faite pour eux.
Les solutions :
- Donner aux parents la liberté de choix de l’école de leurs enfants. Cette liberté de choix est d’ailleurs une revendication populaire refusée par une élite politique et syndicale qui sait très bien faire échapper ses enfants aux contraintes de la carte scolaire. En refusant aux autres parents la liberté de choix, elle assigne ainsi à résidence les enfants de cités ghettos dans des écoles ghettos.
- Offrir dans le même temps un statut d’autonomie aux établissements qui le souhaitent ou aux établissements nouveaux qui pourraient se créer ( les bonnes volontés sont nombreuses pour venir au secours de ces quartiers difficiles). Dotation forfaitaire, ouverture aux partenariats, mesure du résultat, grande liberté de moyens et d’adaptation aux réalités concrètes, tels sont les principaux traits de ce statut d’autonomie. Et faute de développer ce statut d’autonomie pour tous les établissements qu’on en permette au moins l’expérimentation – à l’instar de ce qu’ont fait les Anglais – aux quartiers en difficulté pour donner à leurs enfants en leur donnant la chance de meilleures écoles.
- Offrir aux enfants qui sont aujourd’hui les laissés pour compte du système scolaire, un capital éducatif de «deuxième chance » (qui capitalise ce qu’aurait été le coût d’une scolarité normale en leur offrant un droit tirage de « x heures de formation » ou « y points » d’éducation) pour des formations nouvelles dispensées dans de nouvelles écoles créées avec le concours des entreprises...
L’EMPLOI. Le second échec de l’Etat, c’est l’emploi. L’emploi reste le meilleur facteur d’intégration, le meilleur moyen de sortir d’une société d’assistanat généralisée qui enferme et détruit tant de familles aujourd’hui. Le retour au plein emploi est la meilleure des politiques sociales, celle qui change le rapport de force sur le marché du travail, réduit la précarité, pousse à l’augmentation des salaires, fait reculer la discrimination et remet en marche l’ascenseur social, Le plein emploi n’est pas une chimère, c’est une réalité autour de nous. Mais il exige, on le sait, une autre politique économique et de vigoureuses réformes libérales (ouverture à la concurrence des secteurs protégés, libéralisation du marché de travail...) Sans attendre on peut déjà :
- Libérer à l’instar de nombreux pays (comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne) une offre de petites activités de la part des particuliers ou des entreprises, sans formalités et avec une franchise de charges ( jusqu’à par exemple 400 euros) pour permettre aux jeunes désœuvrés de ces cités de gagner l’argent de poche qui leur fait défaut sans être obligés de s’inscrire dans les circuits de l’économie souterraine.
- Encourager le travail indépendant et la création d’entreprise. Ces quartiers, ces communautés en crise contiennent des ressources soit en sommeil, soit engagées dans une économie souterraine. Sachons utiliser, positiver cette énergie insoupçonnée pour générer des activités économiques légitimes et permettre aux entreprenants d’entreprendre.
LOGEMENT. Le troisième échec de l’Etat, c’est bien entendu celui d’un urbanisme collectif ségrégatif et inhumain. Ces cités ghettos ne sont pas le fruit du hasard ou du marché. Ils sont le produit de politiques du logement interventionnistes qui ont mis en place un système de logement social par nature ségrégatif puisqu’il définit des catégories qui, en fonction de leurs ressources ont droit ou non à l’accès à ces logements.
Sur ces critères, on construit des quartiers, voire des villes entières. Ils étaient un espoir pour la France qui travaillait, ils sont devenus des ghettos avec le chômage et l’immigration mal maîtrisés. On a matraqué fiscalement les petits propriétaires de logements modestes qui étaient par nature pourvoyeur de logements sociaux qui assuraient une vraie mixité sociale. On les a remplacés par nos offices de logements collectifs, constructeurs de ces tours, qui ont enfermé et enferment encore tant de personnes dans l'assistance et dans la dépendance, et qu'il nous faut aujourd'hui détruire.
Au lieu de prêter aux organismes HLM, on aurait mieux fait de prêter aux familles pour leur permettre de devenir propriétaires de logements bon marché qu’aurait su créer un vrai marché du logement. Il faut aujourd’hui permettre l’accession à la propriété de leur logement à ceux qui en ont payé largement la valeur par leurs loyers versés depuis 20 ou 30 ans et dont les enfants disent, amers «Mon père n’est même pas propriétaire de son logement». Ceci exige, non pas une offre d’accession à la propriété logement par logement, mais de grandes opérations de restructuration avec des immeubles entiers d’accédants à la propriété dans des conditions financières qui tiennent largement compte des loyers déjà versés. Ceci exige aussi une réforme d’ensemble du marché immobilier afin d’abolir les barrières et cloisonnements qui entravent les possibilités d’acheter, de vendre et de revendre.
L’accession à la propriété est un facteur essentiel d’intégration. Elle offre aussi la possibilité de construire un capital pour faire face aux aléas de la vie et mobiliser des crédits pour entreprendre et assurer la réussite de ses enfants.
Ces quelques exemples montrent qu’il existe une autre politique, une autre approche que l’approche sociale, certes, parfois nécessaire, mais très largement insuffisante, si l’on veut ouvrir des chances nouvelles à celles et ceux qui aujourd’hui font «France à part»
Alain Madelin
Commentaires
Le vendredi 18 novembre 2005 à 14:52, par Grégoire :: email :: #
Le dimanche 27 novembre 2005 à 21:46, par jélémêmesavecmafemmm :: email :: #
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