Laurent qui pleure, François qui rit ? Pour Fabius, le vote des socialistes est un cinglant échec qui, assurément, sera difficile à surmonter. Frégoli a perdu : les militants n'ont pas été davantage convaincus par son nouveau personnage de dandy rouge qu'ils ne l'avaient été hier par le simple mortel, amateur de carottes râpées. Mais Hollande, qui s'apprête à épingler au revers de sa veste cette nouvelle médaille – à côté de celles commémorant ses victoires aux régionales, aux européennes et au référendum interne sur la Constitution européenne – aurait tort de triompher : les difficultés, pour lui, ne font que commencer.

Laurent Fabius, parce qu'il n'a plus rien à perdre, n'a renoncé à rien. La campagne contre la sincérité du scrutin qu'instruisent ses partisans est un signe : l'ancien premier ministre voudrait poser les jalons d'une candidature «indépendante» qu'il n'agirait pas autrement. Fabius, dit-on, ne prendra pas le risque de faire subir à son parti un nouveau 21 avril ? Voire. Les déchirements du congrès de Rennes furent lancés par une semblable contestation : à l'époque, on ne passa pas loin de la scission.

A peine moins caricaturale que les arguties fabiusiennes, la course-poursuite qui a vu, en pleine nuit, les chefs du courant majoritaire disputer à François Hollande les lauriers de la victoire témoigne de la virulence d'un second front. Quasiment assuré d'être reconduit dans ses fonctions, le premier secrétaire est désormais cerné par ses barons. Lang et DSK. Aubry et Delanoë. Et Ségolène Royal, en madone des sondages. Et Lionel Jospin, en Commandeur, dont la statue n'aura jamais été aussi bavarde. Face à la conjuration des éléphants, il n'y a guère d'apparence que l'habileté joviale et un rien désordonnée de François Hollande lui permette de repousser jusqu'à la fin de 2006 le débat – explosif – sur le choix du candidat.

Et le projet ? Toujours annoncé, toujours repoussé, va-t-il encore attendre ? De tous les périls qui guettent le PS et son premier secrétaire, celui-ci n'est pas le moins vif. Les batailles du précongrès ont accaparé les socialistes, au point de les rendre quasi inaudibles sur des sujets aussi cruciaux que la grève de la SNCM, l'ouverture du capital d'EDF ou les émeutes dans les cités. Déjà en marche, les disputes de l'après-congrès n'arrangeront rien. Conséquence : alors que les Français attendent de la politique des réponses à la double crise qui polarise les difficultés de la nation – crise du modèle social, crise du modèle d'intégration –, le parti qui prétend réaliser l'alternance risque une fois encore de se retrouver sans voix.

Le PS peut-il aller à la bataille de 2007 avec pour seul bagage le salmigondis de surenchère et de démagogie qui sert actuellement de toile de fond à ses affrontements ? En matière économique, le grand bond en arrière : plus d'Etat, plus d'impôt et, pourquoi pas – allez donc ! –, interdiction des licenciements. En matière sociétale, le grand saut dans l'inconnu : droit de vote pour les immigrés, mariage et adoption homosexuels ? Si tel était le cas, gare au réveil ! Et aux lendemains qui déchantent.