Pour une journée au moins, Nicolas Sarkozy s'est mué, mercredi 19 octobre, en chantre de l'écologie. A la faveur de cette première incursion sur un terrain que se réservait jusque-là Jacques Chirac, mais où la droite au pouvoir affiche un maigre bilan, le président de l'UMP, exposant des objectifs extrêmement ambitieux, a une nouvelle fois usé de la thématique de la "rupture" .



"Il ne sert à rien de continuer à agir comme nous le faisions avant en ajoutant juste une touche de vert. Nous devons renouveler en profondeur notre conception de l'écologie", a lancé M. Sarkozy aux quelque 800 participants de la convention de l'UMP intitulée "Ecologie : penser vite, agir loin". L'UMP doit rompre avec "la logique pointilliste" , "la succession des plans, sans perspective ni priorité ni calendrier", a-t-il affirmé.

Dans la perspective de 2007, M. Sarkozy a proposé d'"engager en cinq ans les actions nécessaires pour que tous les problèmes écologiques de la France soient résolus d'ici à une génération". Ou "deux pour le climat", a-t-il concédé. "Cela concerne l'agriculture, les déchets, la biodiversité, les risques industriels, la santé environnementale, l'effet de serre", a-t-il ajouté.

Pour y parvenir, il faut utiliser davantage la fiscalité écologique et les incitations fiscales, selon M. Sarkozy. Les collectivités publiques devraient mener une "politique d'achat écoresponsable" . Autre levier envisagé : le périmètre du ministère de l'écologie, "sous-doté financièrement (0,25 % du budget de l'Etat), pas calibré à la hauteur des enjeux qui sont les siens". "Il faut créer un grand ministère de l'écologie regroupant au minimum l'énergie, les transports et l'équipement", a encore dit M. Sarkozy.

Le président de l'UMP a en outre condamné "le secret qui continue de régir l'action de l'administration, et des élus qui la dirigent. Des erreurs comme celles de l'amiante, le mystère qui entoure le trajet exact du nuage de Tchernobyl, ne sont plus acceptables", a-t-il déclaré, tout en insistant sur le soutien de l'UMP à l'énergie nucléaire.

"VIRAGE ?"

Tout au long de la journée, des scientifiques renommés, des représentants d'ONG ou d'organismes publics ont tenté de faire passer un message dans l'assistance : la nécessité pour les politiques d'agir très rapidement.

"Chacun perçoit la gravité de la situation, a lancé Nicolas Hulot, sur un ton solennel. Il faut cesser de traiter l'écologie par le verbe. La tragédie sociale que nous vivons préempte toutes les énergies. Peut-être les parlementaires n'ont-ils pas le temps de lire tous les rapports sous lesquels nous croulons (...). Mais nous ne pouvons plus rien ignorer, si nous le faisons, c'est volontaire."

M. Hulot, qui avait eu confiance dans la capacité de Jacques Chirac à faire progresser l'écologie, fait désormais preuve de circonspection. "Si les intentions se transforment en actes, c'est intéressant, mais j'ai appris à être prudent", a-t-il commenté à l'issue du discours de M. Sarkozy.

Le parti majoritaire prendra-t-il le "virage" proposé par son chef de file ? Pour l'heure, en dehors de quelques élus comme la députée de l'Essonne Nathalie Kosciusko-Morizet ­ organisatrice de la convention ­ l'UMP est avant tout sensible aux intérêts de sa base électorale rurale, notamment les agriculteurs et les chasseurs.

Dans les débats au Parlement, l'environnement passe pour quantité négligeable quand le développement économique et l'aménagement du territoire sont en jeu.

"Il faut arrêter de faire semblant, de dire qu'on va faire l'écologie pendant les campagnes et une fois au pouvoir n'agir qu'à la marge, voire combattre les vraies mesures écologistes, a prévenu l'ancien ministre de l'écologie Serge Lepeltier. "Ce qu'on m'a le plus dit dans mon ministère c'est : "tu as raison, mais tu vas nous faire perdre des voix". "Je suis prêt à démontrer le contraire", a-t-il déclaré.