Un récent dossier du magazine Marianne portait sur "l'anti-France", ces Français qui osent adopter un discours obsessionnel et masochiste de haine de sa propre patrie, héritiers des idées de l'extrême droite des années 1930. Dans la ligne de mire, la droite bien sûr et naturellement son leader Nicolas SARKOZY, le chantre de la "rupture", celui qui ne cesse de dénoncer la faillite du "modèle français". Il y aurait du "néopétininisme larvé dans cette nouvelle doxa que véhicule la nouvelle droite antinationale". Manifestement, chez le magazine Marianne, le rapprochement est fait : SARKO/ PETAIN, même combat... L'analogie, d'un simplisme à faire pâlir, est stupéfiante, l'amalgame insultant ! La francophobie de Nicolas SARKOZY, tel est le nouvel angle d'attaque provenant de la gauche, et aussi de certains de ces adversaires à droite. La gauche, c'est nouveau, vient nous donner des leçons de patriotisme. A l'instar d'Henri EMMANUELLI, elle dénonce ce discours décliniste conçu par la droite "pour faire avaler des réformes qui sont autant de régressions". A droite, certains dénoncent le thème de la rupture de Nicolas SARKOZY pour mieux mettre en avant leur amour passionné pour notre pays, pour ainsi faire passer le méchant SARKOZY pour un vilain francophobe... C'est habile, potentiellement dévastateur, jouant sur une corde sensible, celui de l'amour de notre pays. C'est surtout un moyen classique pour détourner les Français de la réalité et écourter le débat en discréditant l'adversaire pour cacher la pauvreté de ses idées.

Nicolas SARKOZY est-il francophobe ? Sa théorie de la "rupture", est-ce du catastrophisme, du déclinisme antinational ? Peut-on encore aimer son pays en conservant un esprit critique ?

La sinistrose sévit, le manque de confiance en France est un véritable problème. Quand certains pessimistes voient le verre à moitié vide, d'autres le voit à moitié plein; la vérité est qu'il est à moitié plein puis à moitié vide. La France est un beau pays doté de nombreux atouts, malgré tout il pèse sur elle de nombreux fardeaux. Le rôle du politique consiste justement à pointer du doigt ce qui va mal, ce qu'il faut changer, pas à flatter l'égo du peuple et de son élite en ne soulignant que ses points forts. On peut aimer son pays sans être un nationaliste chauvin, c'est-à-dire à adoptant un regard critique sur la réalité de la France. Chômage de masse, système scolaire en crise, "trou de la sécu", ratés de l'intégration des immigrés, panne de l'ascenseur social : notre modèle social ne fait envie à personne. Construit après la Seconde Guerre Mondiale, il n'a pas su évoluer et s'adapter, créant ainsi une société socialement figée, génératrice d'exclusion. Ce constat, personne ne le conteste. Aimer son pays, c'est vouloir l'embellir, le rendre meilleur, gommer les problèmes, c'est le refus du statut quo et du fatalisme : sur ce point, Nicolas SARKOZY est un formidable francophile, les francophobes sont sans doute ceux qui l'accusent de francophobie. Il était temps de parler vrai : à force de nier la réalité, à force de réduire les problèmes réels des Français qui les vivent quotidiennement à des fantasmes, on finit par les propulser vers les extrêmes, car ils ne se sentent pas écouter. Seul un sursaut volontariste nous permettra de sortir de l'ornière.

Commençons par démystifiez la "rupture". Les Français ne croient plus depuis 1981 que la politique peut encore "changer la vie". Pour lutter contre ce sentiment d'impuissance publique, Nicolas SARKOZY martèle que, depuis 30 ans, «on a tout essayé, sauf ce qui marche». La situation économique et sociale de certains pays au modèle social aussi différent que le Canada, le Danemark ou la Suède, qui ont su apporter de manière plutôt consensuelle des réformes radicales à leur système, est à cet égard exemplaire.

A moment où le parti socialiste se déchire sur le choix des hommes, l'UMP réfléchit à son programme pour 2007. C'est une nécessité car, en France depuis 30 ans, aucun candidat n'a pu uniquement se faire élire sur un bilan. De convention en convention (sur l'immigration, sur les questions sociales, sur l'économie et la fiscalité et dernièrement l'Europe, prochainement sur l'écologie), le président de l'UMP a développé un programme ambitieux et cohérent de candidat pour l'élection présidentielle : baisse des prélèvements obligatoires au niveau moyen européen, réforme de l'Etat, approfondissement des réformes de la protection sociale vers davantage de «responsabilité individuelle», gestion de l'immigration, etc. La fameuse "rupture", c'est-à-dire, son programme porte un nom : le «nouveau modèle français». Ce programme n'a rien de révolutionnaire puisqu'il s'agit d'un mélange de l'ensemble des réformes qui traînent dans les tiroirs des think tanks de droite. Ce programme n'a rien d'ultra libéral ou d'ultra conservateur, on est loin de l'école de Chicago, qui prônait la suppression des services publics. Mais l'innovation, la force de Nicolas Sarkozy, c'est de faire de cet ensemble de réformes un package complet. Voilà ce que désigne la "rupture" qui désigne selon Le Larousse "le fait de se rompre sous l'effet d'un choc", ce n'est pas une révolution. Face à la crise que subit notre pays, il s'agit tout simplement de proposer une réforme libérale d'ensemble susceptible de susciter dans notre pays une dynamique neuve. En gros, la rupture que propose Nicolas SARKOZY consiste à entreprendre d'un seul coup le chemin que la droite ne fait qu'à petits pas, voire même à reculons, terrorisée par l'idée d'un affrontement social similaire à celui de 1995. Alors pourquoi Dominique de VILLEPIN suit-il la gauche sur ce terrain glissant en se lançant dans des diatribes véhémentes contre "l'utopie de la rupture". Lui aussi clame lyriquement son amour pour son pays, la France éternelle, pour mieux dénoncer le thème de la rupture. Devant les députés, il a expliqué le mardi 4 octobre que "dans l'histoire de France, les ruptures et les révolutions, ça se termine toujours dans le sang et ça finit toujours par favoriser les extrêmes. Donc il faut favoriser le changement dans la continuité." L'amalgame entre révolution et rupture est, comme je l'ai précédemment souligné, fort douteux. Il invoqua même ensuite Charles de GAULLE comme symbole de la continuité, le Général doit se retourner dans sa tombe, puisque, homme de convictions profondes, véritable rebelle par rapport à son temps, il n'a jamais hésité devant les ruptures dans la mesure où il estimait que la politique ou les principes suivis étaient contraires à l'opinion qu'il avait des destinées de la Nation. Sa première rupture, c'est avec le Maréchal PETAIN qu'elle se produit, au début des années 1930 quand leurs opinions sur l'outil militaire divergent. Il n'hésite pas à publier sous son nom, alors qu'il était l'un des talentueux nègres du Maréchal, des thèses parfaitement contraires à celles du "Stratège de Verdun". Le départ pour Londres et "l'Appel" constituent sa "Grande Rupture" avec l'ordre établi : il s'en va, s'estimant porteur de l'espérance de la France, il analyse avec lucidité les causes de la défaite de 1940, il est déchu de son grade et condamné à mort par contumace : rien ne le fera reculer. Sa troisième rupture, c'est son départ en janvier 1946 du gouvernement qu'il préside, car il comprend qu'il n'imposera pas ses vues en matière constitutionnelle. En revenant au pouvoir en 1958 dans des circonstances dramatiques liées au drame algérien, il rejette les institutions de la IVème République, met en place un régime solide et met fin à l'Empire colonial Français. Comment un homme aussi cultivé que notre premier ministre peut-il voir le Général de GAULLE comme un homme de continuité ? Car De GAULLE, s'il ne faisait pas toujours table rase du passé en faisant preuve parfois de continuité, se singularise par ses ruptures pour faire évoluer le destin de notre pays. Promouvoir la continuité et en même temps le volontarisme et l'action pour faire "changer la vie" est totalement contradictoire.

Les contradictions intrinsèques de la politique de Dominique de VILLEPIN sont justement analysées par le chroniqueur du Monde Patrick JARREAU pour qui "le chef du gouvernement a plus de convictions que de certitudes, plus de références que d'analyses, plus de modèles que de concepts. Il met au service du pays son ambition, sa fougue, son désir de susciter un élan, mais le mouvement qu'il veut produire est contradictoire avec les assurances qu'il prodigue. Comment faire bouger les choses tout en promettant de les conserver ? Villepin semble parfois inverser la maxime de Lampedusa et proclamer que, pour que tout change, il faut d'abord que rien ne change. Comme il ne peut pas rivaliser avec Nicolas SARKOZY dans l'ordre de la "rupture", il s'arrime à la continuité et s'impose d'agir quasiment à contre-emploi. Il se fait le chantre véhément d'une sorte de consensus mou. Il y a dix ans, Jacques CHIRAC avait pris le dessus, à droite, en opposant au réformisme d'Edouard BALLADUR la promesse d'une autre politique, qui réduirait la "fracture sociale" sans faire de mal à personne. Dominique de VILLEPIN emprunte au même registre, aujourd'hui, pour offrir aux Français une médecine douce qui protégera leur "modèle social". Mais comment gouverner et obtenir des résultats dans la lutte contre le chômage sans bousculer les habitudes et les positions acquises ?" La politique de notre Premier Ministre n'est rien d'autre que du "Chiraquisme prolongé". Je ne suis pas convaincu que, depuis 1995, la méthode CHIRAC a réussi à sortir notre pays de la fracture sociale, rien n'annonce que cette même méthode sera plus efficace dans l'avenir.

Guillaume