LES QUELQUE 800 CADRES de l'UMP réunis demain à Paris vont-ils approuver le projet de primaires présidentielles de Nicolas Sarkozy ? Depuis que le système de «congrès virtuel» imaginé par le ministre-candidat pour modifier les statuts du parti a été divulgué dans la presse, les minoritaires de l'UMP s'agitent. Les chiraquiens cherchent une parade à ce que l'un d'entre eux qualifie de «coup d'État statutaire» et les souverainistes accusent Sarkozy de vouloir «étouffer le débat». «Du débat, il y en aura, puisque ceux qui sont contre les primaires pourront s'exprimer. Si on fait voter les adhérents sur Internet, c'est d'abord pour qu'un plus grand nombre de militants s'exprime, et ensuite pour économiser de l'argent. Rassembler dix mille personnes pour un congrès, ça coûte cher !»

Arguments réfutés par la direction du parti : A priori, la contestation ne devrait pas s'exprimer demain lors de la réunion des cadres. Les notables de l'UMP sont largement acquis à la candidature Sarkozy, et n'ont aucun pouvoir de décision sur les procédures internes. La perspective d'une riposte de Dominique de Villepin et de ses partisans inquiète davantage le numéro deux du gouvernement. Il doit obtenir l'accord du bureau politique de l'UMP avant de soumettre son projet de primaires aux militants. Cette instance, dont la convocation est prévue «d'ici à la fin de l'année», compte des poids lourds chiraquiens comme Michèle Alliot-Marie, qui ne devrait pas manquer d'invoquer le sacro-saint adage gaulliste : «La présidentielle, ce n'est pas l'affaire des partis.»

Pour «instaurer la démocratie à l'UMP sans insulter la tradition», selon la formule d'un membre de son entourage, Nicolas Sarkozy envisage de quitter la tête du parti avant de solliciter en «simple» militant son soutien pour la présidentielle, lors d'un congrès qui devrait se tenir en janvier 2007. S'il parvient à respecter le calendrier qu'il s'est fixé, il aura fait valider les investitures et le programme de l'UMP pour les législatives par un Conseil national qu'il a prévu de réunir en septembre 2006. Cette mission accomplie, il compte bien se consacrer entièrement à sa propre candidature.

Le mode de désignation des candidats aux législatives va lui aussi être modifié. Le nouveau système, qui sera également présenté demain aux cadres de l'UMP, est moins «démocratique» que promis. En cas de litige entre plusieurs prétendants, la décision finale reviendra à la commission nationale d'investiture du parti, et non pas aux militants locaux. Le 20 septembre dernier encore, aux journées parlementaires de l'UMP, Nicolas Sarkozy avait pourtant réaffirmé : «Le moment venu, le vote de tous nos adhérents permettra en toute transparence, sans drame, loyalement, de choisir ceux ou celles que nous soutiendrons dans les grands scrutins.»

Le patron de l'UMP avait cité l'exemple de Paris, où le futur adversaire de Delanoë sera effectivement désigné par les militants, à l'issue de primaires. Pourquoi ne pas soumettre les candidats aux législatives au même régime ? Officiellement, à cause des «contraintes» liées à ces élections. «La loi sur la parité prévoit des sanctions financières si l'équilibre hommes-femmes n'est pas respecté, rappelle un proche de Nicolas Sarkozy. Cet équilibre, seule la direction nationale peut le garantir. Elle est aussi la seule à pouvoir imposer des candidats issus de minorités «visibles», et la seule qui pourra négocier avec l'UDF, quand le moment sera venu.» Officieusement, un membre de la direction ajoute que les experts électoraux de la Rue La Boétie ont déjà recensé une bonne cinquantaine de sortants trop fragilisés pour être réinvestis par leur «base». Le chef de l'UMP se réserve la possibilité de jouer les sauveurs de députés en péril, pour le plus grand bénéfice du candidat à la présidentielle.