Autopsie d'un Etat faible
Par Association UMP Sciences Po, vendredi 14 octobre 2005 à 12:25 :: Réflexions, opinions, débats :: #57 :: rss
Un Etat faible. Voilà ce qui est apparu dans la crise de la SNCM. L'Etat recule, il hésite, il vacille. Il se laisse dominer par des minorités dangereuses. Les conséquences d'un Etat qui s'affaiblit sont toujours dramatiques, et parfois tragiques. C'est un appel au retour de l'Etat qu'Ivan RIOUFOL lance dans son Bloc Notes du Figaro du 14 octobre 2005.
Qu'est-ce qu'un Etat faible ? Celui qui, par exemple, s'efface devant un groupuscule cherchant à s'approprier un bien public par la menace. Illustration avec la Société nationale Corse-Méditerranée : financée à 100 % par les contribuables, elle n'a répondu depuis des lustres qu'à la seule autorité de la CGT marins et du Syndicat des travailleurs corses. Le pouvoir n'a jamais su tenir tête au népotisme de ces faiseurs d'embauches et de passe-droits. Hier, en faisant reculer ces grévistes, le gouvernement a mis un terme apparent à cette débandade. Mais sa main tremble encore.Analyser le conflit, avec ses coups de force (navire détourné, ports bloqués, économies asphyxiées) et son terrorisme (roquette contre la préfecture d'Ajaccio, menaces contre le préfet et les repreneurs, attentat contre une vedette des Douanes à Bastia), oblige à constater la persistante pusillanimité de la République. Incapable de moucher ces maîtres chanteurs et apprentis mafieux, elle fait douter de son autorité. D'autant que, si elle défend la privatisation de la SNCM, c'est en rappelant qu'elle lui est imposée par Bruxelles.
Or l'incohérence d'une gestion se réclamant de «l'Etat providence» (la société déficitaire emploie 2 400 salariés surprotégés là où son concurrent n'en compte que la moitié) est flagrante. Aussi a-t-il été pénible d'observer le premier ministre revoir deux fois sa copie pour tenter d'obtenir les grâces des fossoyeurs, qui voudraient que l'Etat raque encore. N'y a-t-il rien de plus urgent que de mobiliser le pays sur un dossier aussi indéfendable ?
En se comportant ainsi, les pouvoirs publics prennent le risque de se déconsidérer un peu plus. Une enquête CSA, publiée lundi dans Le Parisien, a révélé que 76% des Français ne font pas confiance aux hommes politiques. Proportion considérable, qui n'a suscité aucun commentaire. Comme s'il fallait ignorer cette exaspération qui monte.
Malgré le 21 avril 2002 puis le 29 mai 2005 – deux scrutins ayant fait entendre un peuple excédé de n'être pas écouté –, le monde politique semble sourd à ces coups de semonce. Mais une partie de l'opinion attend de ses représentants qu'ils rendent des comptes, face au déclin du pays que seule la pensée conforme nie encore. Cette prise de conscience invite l'Etat à en finir avec ses lâchetés. La rupture attendue se lira dans les actes. Y compris pour la SNCM.
Apartheid toléré
Un Etat faible, c'est aussi celui qui redoute les réalités au profit des incantations. Alors qu'il est de bon ton de s'indigner du «populisme» de ceux qui s'inquiètent de la montée de l'islamisme en France, un rapport publié mardi révèle la «pression islamiste» qui s'exerce dans des entreprises françaises de la grande distribution et les sociétés de sécurité. «Cette montée en puissance est une menace pour l'intégrité de l'entreprise», commente même le document. Le choix d'ignorer les mutations de la société pousse à la désinformation. Celle assurant que la France «n'est pas un pays d'immigration massive» – affirmation du directeur de l'Institut national d'études démographiques, reconduit depuis dans ses fonctions – reste parmi les plus grossières. Et il suffit de se rendre dans le XVIIIe arrondissement de Paris pour comprendre que le couplet sur l'harmonie black-blanc-beur ne correspond pas aux faits : des ghettos s'y consolident, probablement de manière irrémédiable.
Trois jeunes sociologues vont jusqu'à employer le terme d'«apartheid scolaire» (titre de leur livre publié ce mois-ci au Seuil) pour décrire la ségrégation ethnique et la «spirale des identités» qui se sont installées dans certains collèges. Les auteurs reconnaissent que «la mixité sociale et ethnique apparaît comme une utopie». Dans ces établissements qui scolarisent des élèves immigrés ou issus de l'immigration, tout incite l'«autochtone» à aller étudier ailleurs.
Cette France en voie d'éclatement, dont la culture devient étrangère dans certaines écoles publiques, n'est pas un fantasme. Or, il reste périlleux de la décrire, tant le bien-pensisme martèle que l'intégration fonctionne encore, que la différence enrichit forcément et que la montée du fondamentalisme reste marginale, voire inoffensive. Ces renoncements de l'Etat à empêcher un risque de dislocation de la nation sont-ils approuvés par les Français ? Certainement pas.
La légèreté de Zapatero
L'histoire s'accélère et force à se réveiller. L'Europe est littéralement prise d'assaut par ceux qui fuient l'Afrique noire.
Ces hommes tentent d'envahir les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla jouxtant le Maroc, pays qui ne s'embarrasse pas pour les expulser. Quatorze miséreux ont trouvé la mort. L'Occident, qui étale ses richesses au nez du tiers-monde, a sa part dans ces tragédies. Mais le socialiste José Luis Zapatero, premier ministre espagnol, devrait s'interroger sur sa légèreté : en procédant au printemps à la régularisation de 700 000 sans-papiers, il a invité ces déshérités à tenter leur chance. Avec la mort ou l'humiliation au bout du chemin.
L'Irak aux urnes
En somme, un Etat fait preuve de faiblesse quand il n'a d'autres convictions qu'un humanisme de façade et ne sait plus distinguer l'allié de l'adversaire. A quoi bon ces rodomontades contre George W. Bush et Tony Blair, seuls en guerre contre l'«islamo-fascisme» qui menace les démocraties, si c'est pour s'incliner, chez soi, devant des minorités arrogantes ? Au fait : samedi, les Irakiens vont être invités à voter sur une Constitution. Médias et experts français ont tous annoncé qu'elle ne verrait jamais le jour. Wait and see...
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