Nicolas Sarkozy soigne ses relations avec les formations associées à l'UMP. Le président du parti majoritaire a fait «un immense cadeau», selon Christine Boutin, au Forum des républicains sociaux, en se rendant brièvement, samedi, à son premier conseil national.

A la tribune de la salle Colbert de l'Assemblée nationale, une centaine de cadres du Forum ont écouté religieusement le président de l'UMP leur dire : «Vous êtes 6 000 adhérents. Vous essayez de faire de la politique autrement. Tant mieux, moi aussi !» Depuis son élection à la présidence de l'UMP, Nicolas Sarkozy n'a de cesse de répéter que son parti n'est pas une «caserne» et que tout le monde doit pouvoir s'y exprimer librement. Samedi, le futur candidat à l'Élysée a souligné : «J'ai voulu que Christine ait les moyens de développer ses convictions. L'idée qu'un parti politique n'est pas un lieu de liberté m'est insupportable.»

«Le passage à la Ve République est une rupture»

Très agacé par les déclarations inattendues de Dominique de Villepin, qui a mis en garde les députés UMP, lors de leur réunion de groupe de rentrée, contre «l'utopie» de la «rupture», le président de l'UMP a une nouvelle fois pris le contre-pied des déclarations du premier ministre. «Jamais depuis 1981, la continuité n'a été vécue comme une valeur positive par les Français. Aucun gouvernement n'a été élu sur un bilan», a-t-il déclaré. Quand Dominique de Villepin estime que le général de Gaulle a conduit des changements dans la continuité, Nicolas Sarkozy affirme l'inverse. Devant les cadres du Forum, le président de l'UMP a fait référence à la politique de «rupture» menée par le général de Gaulle en matière économique, monétaire, dans sa politique coloniale mais aussi sur le plan institutionnel : «Le passage à la Ve République est une rupture», a-t-il expliqué.

Nicolas Sarkozy a aussi revendiqué le droit à défendre des idées différentes, mêmes si elles sont «minoritaires» (comme la discrimination positive) au sein du gouvernement. «Il y a plus de noblesse, a-t-il dit, à défendre authentiquement une idée minoritaire qu'à essayer de rassembler dans un consensus qui ne veut plus rien dire.» Le propos, qui est une pierre dans le jardin du premier ministre, s'adressait aussi à Christine Boutin, laquelle s'efforce de défendre «la dignité de l'homme», et qui prône «une vraie rupture dans un nouveau partage des richesses».

Tsunamis politiques

Si Nicolas Sarkozy n'a consacré – mais c'était une première – que quarante minutes aux membres du Forum, il a fait forte impression quand il a parlé des «tsunamis politiques» de 2002 et 2004 «qui n'ont pas été soldés», ainsi que du «désastre du référendum». «Ces trois crises politiques majeures sont restées sans réponse. Soit on attend que ça passe, soit on change résolument les choses», a estimé le président de l'UMP, qui a une nouvelle fois évoqué son principal désaccord avec le chef de l'État. «L'un – comprendre Jacques Chirac – pense que les Français détestent le changement, l'autre – lui-même – que les Français attendent le changement», a déclaré le ministre de l'Intérieur.

«La politique, c'est la passion, c'est la concurrence, c'est le débat, c'est de l'adrénaline.» La phrase n'est pas neuve, dans le discours de Sarkozy, mais elle a toujours beaucoup de succès. «Pour nous, la venue de Nicolas est très importante. C'est une reconnaissance en interne, vis-à-vis de l'UMP, et à l'extérieur, pour nous faire connaître», reconnaît Christine Boutin. Celle-ci a d'ailleurs remercié ses amis en ces termes : «Je sais qu'il n'est pas toujours facile de faire partie d'une formation au démarrage. Il est plus facile de faire partie de la cohorte des moutons de Panurge.» Sarkozy l'aurait, à coup sûr, applaudie.