La logique de Nicolas Sarkozy
Par Association UMP Sciences Po, mardi 13 septembre 2005 à 13:28 :: Actualité nationale :: #36 :: rss
Un édito de Libération qui décrit comment le président de l'UMP se propose de réaliser d'un seul coup les réformes que la droite frileuse instille à petites doses. C'est la technique SARKOZY de la rupture. Les seuls reproches que l'on peut faire à cette article sont les procès d'intentions et les prophétie douteuse sur l'après 2007 ("une révolution conservatrice vers une société encore plus inégalitaire, plus individualiste, plus injuste"), qui me semble totalement fallacieux, tel un chiffon rouge que l'on agite pour faire peur. Par ailleurs, supprimer le monopole de présentation des confédérations au premier tour des élections professionnelles ne conduira pas à l'implosion du dialogue sociale, bien au contraire, cela l'encourragera! Il n'en reste pas moins que l'on ne peut que reconnaître l'hégémonie des idées de Nicolas SARKOZY dans les débats politiques aujourd'hui, face à une gauche affaiblie.
Par Hervé Nathan journaliste à Libération (publié le 13/09/2005)
Nicolas Sarkozy l'a annoncé à la Baule le 5 septembre, avec lui, ce sera donc, en 2007, la «rupture». Que voici un mot fort, puisqu'il signifie : «casser en deux, voire davantage». C'est ainsi qu'on se rompt le cou, ce qui n'arrive qu'une fois dans sa vie, ou que l'on rompt le pain, ce qui est quotidien. Dans son discours de la Baule, puis devant la convention de l'UMP à Paris le 7 septembre, le président du parti de la droite a, lui, décidé de rompre «avec les trente dernières années» au motif, que dans cette période, «on a tout essayé, sauf ce qui marche».
On rendra justice à Nicolas Sarkozy : ce mot nouveau, il le couve manifestement depuis longtemps. Au moins depuis la parution de son livre Libre, qui lui sert toujours de bréviaire, et probablement depuis la période 1993-1995, lorsqu'il était ministre du Budget et porte-parole d'Edouard Balladur. Il n'attendait que l'opportunité politique de l'employer. Avec Jean-Pierre Raffarin, c'était inutile, puisque la concurrence était inexistante. Le surgissement, le 1er septembre, de Dominique de Villepin, apparaissant tout armé d'une réforme fiscale, était l'occasion. L'attribuer à la seule compétition entre les deux ténors de la droite serait incomplet, car la situation était mûre.
De convention en convention (sur l'immigration, sur les questions sociales et dernièrement sur l'économie et la fiscalité), le président de l'UMP a presque achevé de dessiner un programme présidentiel cohérent, baptisé pompeusement le «nouveau modèle français» : baisse des prélèvements obligatoires au niveau moyen européen, profitant d'abord aux couches les plus aisées de la population, réforme de l'Etat, approfondissement des réformes de la protection sociale vers davantage de «responsabilité individuelle», gestion de l'immigration en fonction des besoins des entreprises, réduction du pouvoir et du rôle des syndicats. Sans être «ultra» (on est encore loin des thèses de l'école de Chicago, qui prônait la suppression des services publics), le programme à venir est un mix de l'ensemble des réformes qui traînent dans les tiroirs des think tanks de droite, ou de certains ministères, y compris celles qui n'ont de révolutionnaire que le nom, comme la retenue à la source de l'impôt sur le revenu, la tarte à la crème des campagnes électorales.
Mais la logique de Nicolas Sarkozy, c'est d'en faire un «package», apte à présenter une alternative libérale globale à la crise que subit le pays, susceptible de lui assurer une nouvelle dynamique. En pratique, Sarkozy se propose, s'il était élu, de réaliser d'un seul coup le chemin que la droite, et pas seulement elle, ne fait qu'à petits pas, frigorifiée à la seule pensée du spectre d'un affrontement social du style de celui de 1995. La rupture de pente voulue par le président de l'UMP provoquerait, quoiqu'il en dise, par effet boule de neige une révolution conservatrice vers une société encore plus inégalitaire, plus individualiste, plus injuste.
Lors de la convention de l'UMP du 7 septembre, les débatteurs se prenaient à rêver aux grands anciens de la révolution libérale, Ronald Reagan et Margaret Thatcher. On a même vu des dirigeants et des élus appeler de leurs voeux, après la «rupture» issue de la prochaine élection présidentielle, une «confrontation» avec le mouvement syndical. Une perspective que le ministre d'Etat semble, lui aussi, envisager, lorsqu'il menace de supprimer le monopole de présentation des confédérations au premier tour des élections professionnelles. Une mesure qui provoquerait une implosion du dialogue social.
Le futur candidat a d'ores et déjà réussi un tour de force : faire en sorte que le débat politique tourne autour de ses idées. Nicolas Sarkozy semble appliquer une stratégie proprement gramscienne, du nom d'Antonio Gramsci, dirigeant communiste italien de l'entre-deux-guerres, qui préconisait que les communistes établissent une hégémonie culturelle sur la société avant d'en prendre les commandes.
C'est en France, en 1981, que cette stratégie fut mise en oeuvre avec succès, mais par le Parti socialiste, lorsqu'il semblait représenter les aspirations à la nouveauté des Français, ouvriers, cadres, comme intellectuels et artistes. Pour parvenir à un tel résultat, Nicolas Sarkozy a encore du chemin à faire, puisque le pays, le 29 mai, a plutôt indiqué que son souhait se situait à l'inverse du libéralisme économique. Mais il y travaille. En face, on ne trouve actuellement que du vide. A droite, Dominique de Villepin met son énergie à appliquer par morceaux le programme de son rival. Quant à la gauche, elle semble tombée dans un trou noir conceptuel. S'y souvient-on de la fable du lièvre et de la tortue ?
Commentaires
Le mardi 13 septembre 2005 à 14:23, par ben33 :: email :: site :: #
Le mardi 13 septembre 2005 à 17:07, par koz :: email :: site :: #
Le jeudi 15 septembre 2005 à 12:30, par roulianito :: #
Le jeudi 15 septembre 2005 à 20:07, par koz :: email :: site :: #
Le vendredi 16 septembre 2005 à 00:02, par Guillaume :: site :: #
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