Examinée à l’Assemblée Nationale et critiquée dans la rue, où, le cinq Février dernier, les syndicats et les salariés se sont mobilisés pour exprimer leurs inquiétudes, la proposition de loi venant compléter les mesures prises en 2003 pour assouplir les lois Aubry, déposée par quatre députés UMP soutenus par le gouvernement, fait beaucoup parler d’elle.

Cette réforme des trente cinq heures vise à augmenter la croissance économique d’un pays paralysé, entre autres, par les effets pervers de la réduction arbitraire, autoritaire, et indifférenciée du temps de travail de tous à trente cinq heures, opérée en 1998-1999 par le gouvernement Jospin. Ces lois ont miné le potentiel de croissance du pays, les gains de productivité horaires ne suffisant pas à combler la baisse du nombre d’heures travaillées, ont limité la compétitivité du pays et ont baissé le pouvoir d’achat, affectant particulièrement les moins bien rémunérés en plafonnant les heures supplémentaires.

Et ces lois n’ont pas générés les emplois prévus, ont conduit nombre d’entreprises à se délocaliser pour éviter la faillite, accélérant ainsi la désindustrialisation du pays et conduisant nombre de PME à la faillite. Elle ont désorganisé le secteur public et dévalorisé l’idée même de travail en empêchant ceux qui le souhaitaient de gagner plus en travaillant davantage. C’était ouvrir la boite de Pandore du travail au noir, et confirmer l’idée largement répandue que l’éloge de la paresse est une idée bien française. Une réforme était donc nécessaire. Peut-on abroger ces lois ? Certainement pas.

Ca n’en est pas le but et en France, les acquis sociaux ou supposés comme tels sont les seuls auxquels on ne peut pas toucher, et ce notamment parce que nombre de français en font une priorité. Et la machinerie de Martine Aubry est tellement sophistiquée, tout en étant tellement (trop) simple dans son principe (tout le monde au même rythme), que toute tentative de réforme la complique, comme on le voit aujourd’hui. La solution est donc ici non pas d’abroger la loi mais de la doubler, de généraliser les accords par entreprise sur la durée du travail, sous la régulation de l’Etat.

Les efforts actuels s’incarnent dans une réforme qui offre une liberté supplémentaire au salarié tout en répondant à une nécessité économique pour le pays, grâce à trois mesures principales : l’utilisation flexibilisée du compte épargne temps (CET) qui permet au salariée de transformer une journée de congé non prise en complément de rémunération, la création d’un accord pour le temps choisi qui permet au salarié de faire, après accord entre lui et son entreprise ( qui ne lui impose rien, à l’inverse de se que scandaient les manifestants le 5 février), des heures supplémentaires au delà du contingent autorisé conventionnel, mais dans la limite de plafonds fixés par la loi , et enfin la prolongation jusqu'à 2008 du régime particulier de rémunération des heures supplémentaires pour les petites entreprises.

Dans le respect de la durée hebdomadaire légale du travail à 35 heures, cet assouplissement permet au salarié qui le veut de travailler plus pour gagner plus et au salarié réticent de s’en tenir à trente cinq heures et de gagner autant. On dénonce alors le risque de tensions entre les deux catégories de salariés. Mais c’est la même tension qui existe actuellement entre ceux qui veulent travailler plus et ceux qui ne veulent pas.

Et c’est surtout le prix du libre choix. Et faut-il pour autant sacrifier ce libre choix en imposant à tous, autoritairement, un régime arbitraire non choisi ? Flexibiliser la gestion de la durée du temps de travail en la soumettant à la volonté des gens concernés parait plus logique et acceptable que d’imposer à tous, au nom de l’égalité, un temps de travail trop bas, au nom de l’augmentation…du temps libre ! Surtout que les trente cinq heures, loin de resserrer le tissu social, creusent encore un peu plus le fossé entre France d’en haut et France d’en bas : Tandis que les salariés les moins rémunérés enragent contre leur rémunération gelée et les temps morts inexploités, les cadres profitent des RTT pour augmenter leur temps de loisirs.

Mais à gauche, les critiques, démagogiques pour la plupart, fusent, parmi lesquelles on peut retenir celle de Julien Dray, le porte-parole du PS, pour qui la réforme est une « revanche idéologique de la droite qui n’a jamais admis la baisse du temps de travail ».Faut-il nécessairement voir dans la volonté de suivre les engagements de Jacques Chirac en 2002, d’augmenter le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises, la présence d’idéologie ?

La seule vraie revanche idéologique, c’est celle à laquelle la gauche s’affaire actuellement, par une récupération politique indécente des inquiétudes salariales, l’encouragement et la participation aux manifestations , et la menace de déposer de nombreux amendements sur la loi, dans le but de se protéger contre cette réforme inéluctable dans laquelle ils voient une tentative déguisée de remettre en cause la durée légale du travail en France, un « marché de dupes » destiné à faire croire aux français qu’ils pouvaient gagner plus en acceptant de travailler davantage.

Mais qui prend les français pour des dupes, dans l’histoire ?

Cette critique de la réforme elle-même ne constitue-t-elle pas un véritable « marché de dupes » pour faire croire aux français qu’ils gagnerons autant en travaillant plus, ce qui parait parfaitement illogique au regard de la proposition de loi ? Et n’est-ce pas plutôt la gauche, il y a six ans, qui a pris les français pour des dupes en leur faisant croire qu’ils pouvaient travailler moins en gagnant autant, sans que cela altère à la croissance ou l’emploi ?

Cette même gauche, qui aujourd’hui semble avoir décidément oublié les effets négatifs de sa loi sur l’économie, accuse le gouvernement de vouloir revenir sur les trente cinq heures pour satisfaire aux revendications du Medef et des entreprises, sans tenir compte des vraies attentes des salariés qui sont pourtant au cœur de la réforme actuelle basée sur le volontariat. N’est ce pas le comble de la critique de la part de personnes qui ont fait passer une loi sans tenir compte de personne, ni évidemment des entreprises qui aujourd’hui revendiquent plus de flexibilité dans les contrats et les coûts supplémentaires engendrés justement par cette loi, ni des salariés.

Car en effet, les lois sur les trente cinq heures sont d’autant plus scandaleuses qu’elles ne répondaient à aucune demande. Sans doute improvisées par les conseillers de Jospin pour s’armer rapidement en vue de la confrontation imprévue des législatives de 1997, elles furent justifiées à la hâte en invoquant la partage du travail et donc la reprise de l’emploi, et l’augmentation du temps libre et donc du niveau de vie des salariés. Pourtant Raymond Aron l’avait dit en 1937, le marché de l’emploi n’est ni assez élastique ni assez homogène pour que les heures chômées soient compensées par des emplois nouveaux ou des gains de productivité. Il avait raison.

En tout cas, la réforme d’assouplissement actuelle devrait bénéficier au salarié et à l’économie car, en permettant à celui qui le veut de travailler plus de gagner plus, et donc de dépenser plus, d’augmenter la croissance et l’emploi, elle augmente aussi le pouvoir d’achat, vu que toute heure supplémentaire est payée. Avec cette réforme, le temps de travail devient choisi et non plus subit. Il s’agit de redonner souplesse, pragmatisme et liberté dans la gestion du temps de travail.

Tanguy